collectionneur

COLLECTIONNEUR

 

Le XVIIIe siècle a contribué au développement du goût pour le Bizarre, grâce à la diversité des types de collections et aux voyages en terres lointaines.

Le collectionneur moderne ressemblerait à Auguste Rodin, à la fois sculpteur au génie reconnu et archiviste de tout ce qui le concernait, lettres d’Octave Mirbeau, de Claude Monet, d’amoureuses d’un temps et aussi les factures à payer. Il ressemblerait à Michel Simon, à la fois immense comédien du cinéma français et collectionneur fameux dans le domaine de l’érotisme. Il ressemblerait à Robert Crumb, géant du dessin satirique et aussi collectionneur de disques anciens de musiciens ou chanteurs de blues. Chaque collectionneur organise son « musée imaginaire » de son vivant. À sa mort, suivant son degré de notoriété, l’ensemble est « conservé » par l’État ou dispersé en vente aux enchères.

 

À la fin des années 50, celui qui voulait parfaire sa connaissance en cinéma, avoir accès aux illustrés humoristiques ou à la documentation écrite sur les genres « maudits » avait nécessairement rendez-vous avec Roger Cornaille dit « Le Minotaure », Romi, Jean Boullet, Maurice Bessy, François Caradec ou Anatole Jakovski. Il n’y avait rien, il y eut tout à la faveur de la mode « rétro » et de l’engouement pour les antiquités vraies ou fausses, surtout fausses, chez les Bourgeois. Parmi les célèbres collectionneurs, il faut encore se souvenir de Forrest J. Ackermann (1916-2008), encyclopédiste de tout ce qui relevait de la science-fiction, depuis les masques de monstres jusqu’aux pulps aux couleurs saturées, fondateur du magazine Famous Monsters of Filmland, personnalité forte qui a marqué durablement les carrières de John Landis ou Tim Burton. 

Dans les boutiques spécialisées ou sur les marchés aux Puces, les  collectionneurs ont tous aimé chercher une nouvelle image, un ouvrage, un magazine, des vases, des cendriers au motif érotique ou non. Il s’agissait pour moi de vérifier mes connaissances, apprendre du marchand comme on apprend d’un maître en judo. Mais quelle durée de vie à notre goût du Bizarre à partir d’objets manufacturés, d’affiches ou de photographies de films, de fascicules médiocres, de jouets ou de robots en tôle polychrome, d’estampes du XVIIIe sur la botanique ou la faune sous-marine, de bandes dessinées que personne ne veut plus sur ses rayonnages ?

Je ne suis pas un collectionneur, au sens où Raoul Hausman disait « je ne suis pas photographe ». Seul compte cet environnement dadaïste fait de juxtapositions de littératures et d’images, d’objets ébréchés et de boîtes à cigares, soumis aux détériorations, aux transports, aux multiples déménagements, aux retrouvailles in-extremis avec ce que je pensais perdu (comme dans The Lost World de sir Arthur Conan Doyle). On sort de cette quête comme d’un vieux film dont le générique de fin nous retient encore quelques minutes, quête sur laquelle il suffit de diriger une lampe-tempête à huile ou une torche électrique pour comprendre à nouveau quelque-chose d’une adolescence perturbée. Telle a été ma traversée du miroir, la part d’exploration inconsciente parfois dans des fragments de miroir sans tain et dans l’éclat perdu de la dorure d’un cadre en stuc.

 

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